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18.10.2007
Le détail juste (1)
- une observation pertinente et crédible, donc ni trop banale (cliché) ni trop originale.
- une observation précise, qui me permette de dire : c’est de cet homme là, de cette situation là dont on parle.
Vous pouvez jouer du détail juste sur un lieu, un personnage, une situation… Vous pouvez faire appel aux 5 sens du lecteur (dont le toucher, l’odeur et le goût, souvent mis de côté).
Un détail juste peut aussi passer dans une formule, une façon qu’a l’auteur de voir les choses (par exemple dans Boum, le bateau aux allures d’autobus ou les passagers dos à dos comme deux serre-livres)
Avec ses dix-sept rangs de sièges en plastique orange, le bateau avait des allures d'autobus.Ce matin-là, sur le pont, il y avait deux garçons, chacun assis sur une grande valise qui le distinguait des touristes en excursion, ceux-là portaient plutôt des sacs en toile.
Les deux garçons ne voyageaient pourtant pas ensemble. Le premier était à l'avant, face à la mer. Le second à l'arrière, aussi face à la mer. Ils se tournaient donc le dos, aucun ne s'apercevait de l'existence de l'autre. Pour cela, il leur aurait fallu tourner la tête.
Mais ils ne bougeaient pas. Si vous les aviez observés de loin, si vous aviez été, mettons, cette barque de pêcheur qui croisait au large, ou ce marsouin dans le sillage de l'aliscafo, vous auriez peut-être songé à deux serre-livres à chaque bout d'une étagère. […]
Il y eut un mouvement général, des bruits de tissus défroissés, de pulls secoués, de sacs poussés du pied. La file d'attente se matérialisa en quelques secondes devant la coupée.
L'île, jusque-là lointaine, bleue, et brinquebalant à l'horizon, apparut soudain énorme, jaune, immobile, bouchant la vue, remplissant bâbord, comme une gigantesque carte postale plaquée au nez du bateau. Dans le même temps, l'air s'était mis à empester l'œuf dur, l'œuf dur très vieux. Le garçon brun cracha loin dans les flots.
Le garçon blond, c'était moi. J'avais quatorze ans et je ne crachais pas. Je n'avais jamais appris... Plus précisément, on m'avait appris à me l'interdire.
Malika Ferdjoukh, Boum (L’école des loisirs)
15:20 Publié dans Conseils en écriture | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : atelier d'écriture, Paris, conseil, écriture



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Commentaires
Moi j'aime bien les longues descriptions...
Petite question : n'existe-t-il pas de bons romans sans détail juste ? Faut-il nécessairement écrire "précis" ? Dois-je préférer par exemple "une vallée bordée d'ormes" à "une vallée bordée d'arbres" ?
Il me semble que certains auteurs restent dans des sortes de généralités, non ?
Ecrit par : Dimwatou | 18.10.2007
A Dimwatou :
Je ne dis pas qu'il faut nécessairement utiliser les détails justes. Ce n'est qu'un outil parmi d'autres...
Et, en effet, pourquoi ne pas produire de longues descriptions (qui comporteront, d'ailleurs aussi, des détails justes). J'affirme simplement qu'un détail bien trouvé peut poser tout de suite une situation, un décor, sans forcément y passer plusieurs lignes.
Quant aux auteurs ne pratiquant pas ou peu cela, il doit s'en trouver certainement. Maxence Fermine, dans Neige, réduit sa narration au minimum vital, dans l'épure d'un conte. Le Clézio et Christian Bobin utilisent parfois aussi des motifs très généraux. Ils marquent ainsi une forme d'histoire "universelle". C'est pourtant rarement le cas à l'échelle de romans entiers : chez ces trois auteurs, on trouve tout de même des détails justes...
Ecrit par : Sébastien B. | 18.10.2007
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