26.09.2007

Philippe Grimbert : autobiographie ou autofiction ?

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Un Secret, prix Goncourt des lycéens 2004, est donné comme un "récit autobiographique". Philippe Grimbert livre une intéressante interview à propos de la genèse de cette histoire (in Dossier pédagogique d'Olivier Brunet au Livre de Poche), ou comment dire plus vrai en changeant la réalité des faits. Extraits :

 

L'écriture de ce roman vous a-t-elle fait avancer dans la relation à votre histoire ?

J'ai longtemps été dupe ou victime de cette histoire. Grâce à ce livre, j'ai pu en devenir l'auteur et lui redonner ses articulations. Maintenant, cette histoire a un sens pour moi. [...]

Donc, c'est toujours une fiction.

Ah oui, c'est évident ! On ne peut connaître son histoire qu'à travers une fiction. Le mémoire elle-même étant toujours une fiction. Quand je raconte ça aux lycéens, ils sont surpris. Mais le souvenir est toujours une reconstruction. Les deux témoins d'une même scène n'ont pas vu la même chose. Chacun reconstruit la scène d'une manière différente. [...]

L'épisode du chien en peluche raconté dans le livre (lorsque le petit garçon appelle ce chien Sim, diminutif du prénom du frère disparu) m'est réellement arrivé. Mais à l'époque, je n'ai pas employé le diminutif Sim. Dès que j'ai eu le chien dans les mains, je l'ai appelé Simon. Ce frère disparu était donc déjà là en moi. Je connaissais son existence tout en sachant qu'il ne fallait pas savoir. C'est justement ça qui me faisait souffrir. Et là, pour le coup, le roman, qui d'habitude condense, ajoute ou métaphorise pour rendre plus spectaculaire, fait le contraire. Je me suis dit qu'il ne fallait pas appeler le chien Simon, car c'était trop gros. C'est pour cette raison que j'ai choisi le diminutif.

Vous avez «rabattu» la réalité pour lui conserver une crédibilité.

Oui. On a parfois besoin de souligner quelque chose pour que ce soit entendu. Sur d'autres aspects, on a besoin de rabattre la réalité pour la rendre crédible. Et encore, je n'ai pas évoqué dans le livre mes amitiés répétitives avec des enfants qui avaient le même prénom que mon frère disparu. J'étais systématiquement attiré par les camarades qui portaient ce prénom.

16.09.2007

Francis Scott Fitzgerald : De l'écriture

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De l'écriture regroupe les correspondances et notes de Francis Scott Fitzgerald (éditions complexe, 1991), dont de nombreux conseils aux apprentis écrivains. Extraits :

"Les meilleures nouvelles sont celles dont on peut couvrir la distance en un ou trois bonds. Une nouvelle qui exige trois bonds, on devrait l'écrire en trois jours d'affilée, attendre un jour pour la relire, et lui lâcher la bride. C'est l'idéal, bien sûr. Car dans bien des nouvelles, on bute sur un écueil, qu'il faut enjamber. Mais, en règle générale, une nouvelle qui se traîne, ou qui présente trop d'écueils (je parle de ceux qui tiennent au manque d'inspiration, et entraînent obligatoirement une construction bancale), ne donne jamais, à la lecture, l'impression de couler de source."

"Raconter des choses excessives, comme étant les plus ordinaires - c'est la clef de l'art du roman."

"Il existe depuis toujours deux thèmes majeurs : Cendrillon, et Jack, the Giant Killer — séduction des femmes, héroïsme des hommes."

"Quand tu introduis une scène dans un roman, son importance n'a rien à voir avec l'espace qu'elle occupe. C'est un problème purement artistique, très particulier, sans règle précise. Si Dreiser, par exemple, dans Une Tragédie américaine, choisit d'insister longuement sur la noyade à New York, c'est son droit, et c'est bel et bon, mais je peux te citer une quantité de livres où l'épisode capital, celui autour duquel tourne le drame entier, n'est décrit qu'en quatre ou cinq phrases."

"J'ai la même tendance que toi à laisser la fin d'un livre s'effilocher, si l'on peut dire, comme ça arrive dans la vie, au lieu de le terminer brutalement. Mais il faut le faire sans que l'écriture elle-même s'effiloche. J'ai toujours soutenu que pour peindre l'ennui, l'épuisement, la lassitude, etc... il ne fallait pas recourir aux symboles qui les représentent dans la vie. Impossible, en fait, de les peindre ainsi en littérature, car rien n'est plus ennuyeux que l'ennui, plus lassant que la lassitude."

11.09.2007

Paul Desalmand : Ecrire est un miracle

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Ecrire est un miracle de Paul Desalmand (éditions Bérénice) est un petit trésor jubilatoire de 220 pages, presque introuvable. Aussi fantaisiste qu'incisif, l'auteur y parle, au gré de sortes de lettres, de l'écriture, des auteurs, des éditeurs... 

Extrait : le principe de l'huître 

"Le principe de l'huître se réfère à une scène que relate Jules Renard dans son Journal. Dînant au restaurant, il observe, intrigué, le curieux manège : l'une écaillère préparant un plat d'huîtres. Celle-ci, interrogée, explique qu'elle enlève l'eau de mer pour la remplacer par de l'eau salée, puis elle ajoute: « Les clients aiment mieux ça ! »

Cette petite scène me paraît bien illustrer le rapport de l'écrivain au réel. Rarement la vérité donne le mieux le sentiment de la vérité. Pas un grand roman qui ne s'enracine dans une riche expérience humaine, il est vrai. Mais pas de grand roman se limitant à un simple démarquage du réel, si minutieux soit-il. Il faut tricher, ruser. Sais-tu qu'avant la fameuse madeleine de Proust, il y a eu une version avec du pain grillé puis une autre avec une biscotte ?"